L’art + l’activisme + le travail communautaire = Engrenage Noir


Par Dan Parker

Les 4 et 5 juin, Engrenage Noir a acceulli les organismes communautaires engagés politiquement et socialement ainsi que des artistes activistes. Ces deux journées intensives étaient animées par Johanne Chagnon et Norman Nawrocki, deux artistes engagés et travailleurs communautaires à Montréal.

L’objectif? Un soutien financier de 6 projets d’art communautaire activiste de 12 mois. De nombreux artistes cherchant des moyens de gagner leur vie de façon solidaire et communautaire y ont  assisté. Plus qu’une seule motivation financière, ils venaient avant tout puiser des sources d’inspiration pour leurs projets et tisser des liens avec d’autres personnes engagées.

L’art communautaire activiste (ACC)… ça mange quoi pendant l’hiver?

Dans l’ACC, l’artiste travaille en partenariat avec un organisme communautaire et ses membres. Le but? Collaborer pour l’amélioration des conditions de vie d’une communauté qui fait face à l’oppression quotidienne.

Tandis que l’art communautaire implique un groupe qui se rassemble pour créer une oeuvre collective, l’ACC combine aussi l’art engagé qui soulève des questions de justice sociale. D’ailleurs, l’esprit militant est présent quant à la mobilisation, l’opinion dissidente, et les échanges sociaux non hierarchiques et bienveillants.

L’Engrenage Noir soutient l’ACC et le fait promouvoir

Pendant deux jours, Engrenage Noir a accueilli plusieurs animateurs et facilitateurs de théâtre, des arts plastiques et de chant qui ont eu l’occasion de rencontrer des partenaires potentiels comme l’Association des locataires de Villeray, le Centre des femmes d’ici et d’ailleurs, le Carrefour d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, et le Foyer pour femmes autochtones de Montréal. Le réseautage s’est fait surtout pendant les pauses café, les discussions, et la dégustation de fromage et de vin. Pendant les ateliers, on s’inspirait des succès de l’art communautaire activiste à Montréal, au Québec, et ailleurs.

Les ateliers préparatoires sont obligatoires pour les artistes et les groupes communautaires qui visent à faire une demande d’aide financière à Engrenage Noir, soit 10 000$ versés à l’artiste ou 16 000 $ pour un collectif. Voici quelques impressions de ces ateliers à la fois utiles et encourageants pour les participants.

TRICOT Rage Against the MACHINE

Pascale Brunet a présenté sa perspective du mouvement étudiant avec son expérience communautaire en arts visuels et médiatiques à l’UQAM. Lors de sa présentation, elle a mis l’accent sur sa contribution artistique préférée au Printemps érable: le tricot. Selon Pascale, cet art, souvent associé aux matantes, symbolise le lien social qui se tisse par l’action communautaire. Elle en a fourni la preuve en ponctuant son discours d’anecdotes drôle et touchantes lors de la création de ces oeuvres collectives tricotées, symboles de la lutte contre la hausse des frais de scolarité.

Chansons engagées

Dans l’atelier que j’ai animé, 50 participants se sont soudainement transformés en choristes de la Chorale du peuple. Aucune répétition n’avait eu lieu avant leur performance, et pourtant! Malgré quelques fausses notes, les participants se sont réjouis de l’énergie à la fois militante et ludique de l’atelier, en se mettant à chanter des airs connus et des chansons à répondre avec des paroles antinéolibéralistes et solidaires.

La communication bienveillante

Puisque l’action solidaire ne se fait pas sans paroles, Claire Harvey, du Centre de formation sociale Marie-Gérin Lajoie, a animé un atelier sur la communication bienveillante, également nommée communication non violente. Dans le processus de création d’un collectif d’artistes ou d’une communauté, il est important de dialoguer et d’agir tout en respectant autrui. Travailler au sein d’une communauté exige une compréhension et un respect des individus qui peuvent sembler très différents dans leur comportement ou leurs objectifs. Claire Harvey a introduit les concepts clés de la communication bienveillante tel que l’expression de ses propres sentiments et besoins, tout en invitant l’autre à exprimer les siens. Des conseils qui pourraient se révéler utiles lorsque votre mère vous rappelle que vous n’avez toujours pas une job “stable” et qu’il faudrait peut-être penser à votre retraite…

Maison La Virevolte en révolte

Les témoignages de Guy Lévesque et Suzanne Malouin ont chauffé le coeur de l’ensemble des participants militants. Suzanne, résidente de la Maison La Virevolte, a parlé de son expérience transformatrice comme chanteuse engagée lors de la célébration musicale du 25e anniversaire du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU). En racontant ses moments de gloire sur la scène où elle chantait pour sa communauté marginalisée et souvent laissée pour compte, Suzanne a confirmé comment son projet égalitaire, solidaire et transformateur a porté fruit pour ses amis aînés de son HLM.

Guy Lévesque a joué un rôle de facilitateur et de musicien dans ce projet collaboratif. Cette expérience a renforcé son identité d’artiste radical. Son témoignage du 5 juin rappelait celui qu’il a exprimé dans le livre d’Engrenage Noir intitulé : “Célébrer la collaboration : art communautaire et art activiste humaniste au Québec et ailleurs”. Le livre est disponible en ligne à www.engrenagenoir.ca

“Lorsque je suis arrivé à la Maison La Virevolte, j’ai trouvé un endroit où l’on me permettait non seulement d’être moi-même dans mon radicalisme d’activiste politique et artistique, mais de plus, cette particularité a été considérée comme un atout dans la réalisation de mes fonctions de coordonnateur. Cette alliance entre la Maison La Virevolte et moi m’a permis d’affirmer ma dissidence tout en sentant qu’elle pouvait être appréciée et souhaitable au sein d’un organisme.”

Apporter de l’eau au moulin

À suivre: les artistes, les activistes, et les groupes communautaires affiliés avec Engrenage Noir vont tisser leurs liens pour réaliser des oeuvres d’art collectif et engagé au sein des communautés marginalisées.

Six collaborations seront soutenues financièrement pour l’année 2013, et les autres partenaires vont chercher d’autres moyens afin de travailler ensemble. Même en ces temps de mesures d’austérité, il y a toujours des moyens de trouver des subventions ou des fonds.

La solidarité n’est pas charité

A plusieurs reprises, des participants des groupes communautaires ont répété un principe fondamental : la solidarité, ce n’est pas la charité. Si on travaille avec des personnes marginalisées, ce n’est pas pour leur montrer comment penser, agir, ou vivre mais plutôt pour apprendre comment elles pensent, agissent et vivent. Cela permet ensuite de partager des outils et des ressources, tout en reconnaissant les talents et les luttes de l’un et de l’autre.

Voilà l’esprit de l’éducation populaire, de l’anarchie, du mouvement progressiste, et qui anime aussi Engrenage Noir.

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